Le 2 février 2026, je me suis rendu au cimetière du Père-Lachaise pour un moment de recueillement d’une force singulière : l’hommage au bicentenaire de la disparition de Jean Anthelme Brillat-Savarin. Deux siècles après sa mort, celui que l’on considère comme l’un des pères de la gastronomie française continue de fédérer l’ensemble de notre secteur autour d’une vision commune.
Une influence toujours active dans la pensée gastronomique
Cette cérémonie, sobre et habitée, n’était pas un simple exercice de mémoire patrimoniale. J’y ai perçu une volonté claire de rappeler que l’héritage de Brillat-Savarin est une influence toujours vivante dans notre manière de penser la cuisine, la transmission et la culture du goût.
L’intervention du professeur Jean-Robert Pitte a parfaitement souligné combien la réflexion de l’auteur de la “Physiologie du goût” dépasse la simple gourmandise. Elle touche à l’identité culturelle, à l’art de vivre et à l’intelligence du produit. En tant que dirigeant du Marché international de Rungis, je mesure combien cette dimension intellectuelle est le socle indispensable à la pérennité de notre secteur.
La gastronomie comme projet de société
Le cœur symbolique de cet hommage fut la lecture de ses aphorismes. Entendre ces textes au Père-Lachaise rappelle que la gastronomie française s’est construite sur une pensée structurée, presque stratégique. Derrière chaque formule de Brillat-Savarin, il y a une vision claire : celle d’une gastronomie qui relie le plaisir individuel au savoir collectif et à l’équilibre de la société.
Ce moment a réuni chefs, historiens, représentants d’institutions et passionnés. Cet hommage n’était pas tourné vers le passé; il interrogeait directement notre responsabilité envers l’avenir.
Transmission et exigence : les fondations de demain
La notion de transmission est revenue au cœur de tous les échanges. C’est un point que nous nous efforçons d’instaurer continuellement dans la vision de Rungis avec la Semmaris: la gastronomie ne peut progresser que si elle s’appuie sur ses fondations théoriques autant que sur l’innovation technique.
L’élégance intellectuelle que Brillat-Savarin incarnait se prolonge désormais à travers l’exposition “Brillat-Savarin ou la naissance de la gastronomie” au Château du Clos de Vougeot. Cette initiative montre que la réflexion engagée dépasse le cadre d’une cérémonie pour s’inscrire dans une démarche pédagogique et territoriale.
Défendre une gastronomie qui a du sens
Réflexion, émotion et gratitude se mêlaient dans cet hommage maîtrisé. J’en retire une exigence partagée par tous les acteurs présents : celle de continuer à défendre une gastronomie qui a du sens, qui s’appuie sur la connaissance et qui valorise le patrimoine sans jamais le figer.
Deux cents ans après sa disparition, Brillat-Savarin demeure une référence structurante. Il ne parlait pas seulement de mets, mais de culture et d’éducation. À nous, désormais, d’être à la hauteur de cet héritage.
