Chaque année, les Journées nationales de l’Agriculture sont une respiration dans le tumulte de notre époque. Elles rappellent cette vérité simple : sans les femmes et les hommes qui cultivent la terre, rien n’existe dans nos assiettes. Alors que la France agricole traverse une crise de confiance sans précédent, la cinquième édition, organisée du 6 au 9 juin 2025, a rassemblé plus de 15 000 visiteurs autour de 1000 événements dans tout le pays. Une mobilisation impressionnante, signe du désir profond des Français de renouer avec leurs terroirs, leurs produits et surtout, avec celles et ceux qui en sont les gardiens..
C’est dans un lieu chargé d’histoire, les Arènes de Lutèce à Paris, que le coup d’envoi a été donné. Et c’est tout naturellement que le Marché international de Rungis s’est associé à cette célébration, fidèle à sa mission : retisser le lien entre la terre et la table, entre le monde agricole et nos villes.
Redonner de la fierté aux agriculteurs
Je le répète souvent : « Si nous ne redonnons pas de la fierté à nos agriculteurs, nous n’attirerons pas les jeunes dans ces métiers, et nous mourrons sur place ». Ce n’est pas une formule. C’est un enjeu de souveraineté alimentaire.
Depuis des décennies, la distance s’est creusée entre ceux qui produisent et ceux qui consomment. D’un côté, des citadins souvent déconnectés des réalités du champ ; de l’autre, des agriculteurs pris dans un étau de contraintes :exigences européennes, volatilité des prix, aléas climatiques.
Les Journées nationales de l’Agriculture ont le mérite de recréer un dialogue, de mettre des visages sur les métiers, et de valoriser les savoir-faire. Des fermes aux grandes usines agroalimentaires, en passant par les marchés de gros, l’ensemble du tissu productif agricole s’est ainsi mobilisé pour faire découvrir, expliquer, transmettre.
Rungis, courroie de transmission entre les campagnes et les villes
Rungis, c’est ce point de contact, cette courroie de transmission vivante entre le monde rural et la société urbaine. Chaque jour, notre marché nourrit 18 millions de Français, et affiche les taux d’approvisionnement en produits français les plus élevés d’Europe : 60 % des produits frais consommés en Île-de-France viennent de nos territoires, 95 % du porc et 100 % du fromage sont d’origine française. Ces chiffres ne sortent pas d’un slogan, mais d’une réalité économique, logistique et politique.
Parce que la souveraineté alimentaire ne dépend, pas seulement de la production, mais aussi des infrastructures capables de la distribuer équitablement.
C’est dans cet esprit que nous ouvrirons, en 2025, le Pavillon de la Souveraineté Alimentaire : un espace de 2 600 m² dédié aux terroirs, aux coopératives, aux labels de qualité (AOC, AOP, IGP, Label Rouge). Ce lieu sera à la fois vitrine d’excellence et laboratoire d’innovation, pour penser ensemble l’agriculture de demain.
Un engagement durable, scientifique et territorial
Notre action s’inscrit dans une trajectoire de long terme. Lors du dernier Salon de l’Agriculture, nous avons scellé un partenariat stratégique avec l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement). Ce lien entre science et terrain est essentiel : il nous permet d’intégrer les enjeux de biodiversité, et parce qu’il faut aller plus loin, nous développons un nouveau projet majeur : Agoralim, au nord de Paris. Ce marché de gros du XXIe siècle sera bien plus qu’un site logistique : il accueillera des cantines solidaires, une cité agricole et un pôle de formation et d’éducation alimentaire. Nous y porterons les valeurs que porte le Marché de Rungis : justice sociale, transmission et ancrage territorial. Car nourrir les Français, ce n’est pas seulement livrer des produits : c’est donner du sens à ce que nous mangeons et à ceux qui le rendent possible.
