En ma qualité de Président de l’Union Mondiale des Marchés de Gros (WUWM), j’ai eu l’honneur de participer à la 42e conférence annuelle de notre organisation, organisée du 5 au 7 novembre 2025 à Bruxelles, par le Marché matinal (MABRU). Trois jours denses, riches d’échanges et de perspectives, consacrés à quatre grands défis partagés par l’ensemble des acteurs de l’alimentation : l’innovation technologique, la coopération internationale, la résilience face aux crises géopolitiques et la lutte contre le gaspillage alimentaire. Un rendez‑vous où, au‑delà des chiffres et des bilans, l’humain est resté au centre de toutes les discussions.
Les marchés de gros, maillon stratégique de la souveraineté alimentaire
La conférence s’est ouverte dans le cadre prestigieux du Musée royal des Beaux-Arts de Bruxelles en présence de Qu Dongyu (FAO), de David Clarinval, ministre belge de l’Agriculture, et de Rudi Vervoort, ministre‑président de la Région de Bruxelles‑Capitale.
Nous avons rappelé un fait souvent méconnu : près de 40 % des fruits et légumes consommés en Europe transitent par les marchés de gros.
Ces plateformes, longtemps considérées comme de simples infrastructures logistiques, sont en réalité des outils stratégiques de souveraineté alimentaire. Elles assurent la régulation des prix, soutiennent les producteurs locaux, garantissent la qualité, et maintiennent un lien irremplaçable entre l’agriculteur et le consommateur.
Cette 42ᵉ édition a confirmé la vitalité d’un réseau international qui fédère des centaines de marchés dans plus de 45 pays, portés par la même conviction : la sécurité alimentaire du monde dépend des territoires qui savent coopérer.
L’innovation technologique, moteur d’une nouvelle génération de marchés
Les échanges de Bruxelles ont mis en avant le rôle essentiel du numérique et de la donnée dans la modernisation de nos marchés. La digitalisation, la traçabilité, la gestion intelligente de l’énergie ou encore l’usage raisonné de l‘intelligence artificielle transforment désormais nos infrastructures en véritables plateformes multiservices. En Europe comme ailleurs, ces innovations permettent d’optimiser les flux, de réduire les pertes et de renforcer la transparence sur toute la chaîne alimentaire.
Mais au-delà de la technologie, j’ai souligné que le véritable moteur de la transformation reste l’engagement humain. C’est la confiance, la loyauté, et la communication entre tous les acteurs – du producteur au distributeur – qui assurent la solidité du modèle alimentaire mondial. bâtissent des chaînes solides, de l’agriculteur au consommateur. Nous devons accompagner cette transition avec pragmatisme pour que la technologie serve pleinement les acteurs du terrain.
La coopération internationale au service de la sécurité alimentaire des territoires
Une analyse des équilibres économiques mondiaux a souligné les incertitudes géopolitiques et leurs impacts possibles sur les échanges alimentaires. Ces évolutions pourraient accentuer les fluctuations, mais elles ouvrent aussi des opportunités de résilience et d’innovation pour les marchés de gros. Les discussions sur l’approvisionnement durable des grandes villes ont insisté sur la nécessité de coopérations renforcées entre les producteurs, les marchés, les collectivités ainsi que les pouvoirs publics. Je reste convaincu que la technologie et les données améliorent l’efficacité, mais c’est avant tout la collaboration et la sensibilisation qui rendent nos chaînes alimentaires plus solides et mieux adaptées aux territoires urbains.
Les freins et les leviers pour une meilleure valorisation des produits invendus
Les sessions sur la gestion des excédents ont identifié des obstacles logistiques, réglementaires et culturels, où certains préfèrent encore vendre à perte plutôt que donner. Des initiatives concrètes ont été partagées pour valoriser ces surplus, en misant sur des partenariats public-privé et un changement de regard : considérer ces produits comme des ressources plutôt que des déchets. Ces dynamiques collectives montrent que des solutions accessibles peuvent avoir un impact réel.
Ces débats constructifs sur l’avenir de nos marchés doivent beaucoup à l’engagement de tous les acteurs présents. Je tiens à adresser un grand merci au Mabru, à Sevket Temiz et à Laurent Nys pour leur accueil irréprochable et l’organisation parfaite de ces trois jours. La remise de l’Ordre du Mérite Agricole à Laurent Nys, en présence de l’Ambassadeur de France, a constitué un moment particulièrement émouvant et pleinement mérité. Merci également aux autorités belges pour leur précieux soutien, aux intervenants pour la richesse de leurs apports, et au secrétariat du WUWM – Valérie Vion et Hermine de Nantois – pour leur efficacité sans faille.
