À Orléans, lors du Forum OpenAgrifood 2025, j’ai eu l’occasion de prendre la parole sur un sujet qui nous concerne tous : l’avenir de notre assiette.
Ce forum, véritable laboratoire d’idées dédié à l’économie et à l’alimentation responsable, ne se contente pas d’échanger des convictions : il teste, propose, et met en mouvement tous les acteurs de la chaîne alimentaire pour bâtir un modèle plus durable, plus souverain et plus juste.
Entre santé publique, éducation des jeunes et indépendance de nos filières, la discussion a été claire : si nous voulons protéger notre modèle alimentaire français, il faut repenser nos habitudes, nos politiques et nos infrastructures.
Rungis, pilier stratégique de la souveraineté alimentaire
Au cœur des échanges, j’ai rappelé le rôle clé de la Semmaris et du Marché International de Rungis dans la construction de la souveraineté alimentaire française. Rungis n’est pas qu’un hub logistique : c’est un écosystème vivant, connecté aux régions, aux coopératives et aux producteurs locaux, qui irrigue chaque jour notre tissu économique et social.
Pour amplifier cet engagement, nous inaugurerons prochainement un Pavillon dédié à l’offre française, vitrine de la diversité et de la qualité de nos terroirs. Il sera le symbole d’une ambition nationale : produire, transformer et distribuer français, dans le respect des équilibres économiques et écologiques.
Car la souveraineté alimentaire n’est pas figée : elle se défend, elle s’entretient, elle s’anticipe. Même dans un pays de climat tempéré, la stabilité n’est qu’apparente : sécheresses, crises sanitaires ou tensions géopolitiques rappellent notre vulnérabilité.
Produire davantage chez nous, soutenir nos filières et adapter nos méthodes : voilà la condition de notre résilience face aux marchés mondiaux.
Le pouvoir d’achat comme levier de souveraineté
La souveraineté alimentaire ne dépend pas uniquement des producteurs : elle repose aussi sur les choix des consommateurs. Avec des dirigeants comme Alexandre de Palmas et Pascal Peltier, nous portons l’acte d’achat est un acte de souveraineté. Chaque produit acheté, chaque repas choisi, influence la vitrine alimentaire du pays.
Mais ce choix doit être éclairé, et non manipulé. Nous devons dépasser les indicateurs simplifiés comme le Nutri-Score pour embrasser la complexité de la nutrition : goût, origine, saison, méthode de production..
Privilégier le naturel, la qualité et la traçabilité, c’est refuser la standardisation du goût et affirmer le modèle culinaire français comme levier de santé publique et de compétitivité nationale.
Les marchés de gros : catalyseurs de la restauration collective
Les Marchés d’Intérêt National, à commencer par Rungis, sont des acteurs essentiels de la restauration collective. Ils assurent un approvisionnement local et frais aux cantines scolaires, à condition de leur donner les outils : des cuisines adaptées, du personnel formé et des projets pédagogiques solides.
Cette articulation entre éducation et alimentation permet de transformer les repas en leviers de cohésion – un principe que nous défendons depuis longtemps : nourrir, c’est aussi éduquer. Grâce aux marchés de gros, la restauration collective peut devenir un moteur de responsabilité sociale et environnementale à l’échelle du pays.
Éduquer et responsabiliser, les clés d’un modèle durable
Les débats du Forum OpenAgrifood ont rappelé que la durabilité se mesure à la capacité de passer de la parole à l’action.. C’est tout le sens de la première Semaine du Fait Maison, qui vise à réapprendre à cuisiner et à transmettre le goût du vrai dès le plus jeune âge. Apprendre à nos enfants à couper, sentir, goûter, cultiver : autant d’expériences essentielles pour les armer contre l’omniprésence des produits ultra-transformés.
Pour ancrer durablement ces apprentissages, j’ai proposé une mesure simple : porter la TVA sur la malbouffe à 20%. Une fiscalité intelligente permettrait de financer une politique d’éducation alimentaire ambitieuse, où le prix devient un outil de santé publique.
Innover pour diversifier et préserver
Enfin, la souveraineté alimentaire ne peut s’accroître sans innovation. Tester de nouvelles cultures, expérimenter des méthodes plus douces, valoriser des produits alternatifs : autant d’initiatives qui renforcent notre autonomie et notre adaptation au changement climatique.
Les marchés, par leur rôle de passerelles entre production et consommation, peuvent devenir des vitrines de ces innovations, stimulant la curiosité autant que la responsabilité.
C’est ainsi que se renouvelle la promesse de Rungis : nourrir la France, mais aussi inspirer son avenir alimentaire.
