Sélectionner une page

À Johannesburg, les marchés de gros posent les fondations d’un système alimentaire plus juste

17 mai 2025

Du 14 au 16 mai 2025, la ville de Johannesburg a accueilli un événement clé pour l’avenir des politiques alimentaires mondiales : la conférence annuelle de l’Union mondiale des marchés de gros (WUWM). Organisée par le Joburg Market, l’un des plus vastes marchés de gros d’Afrique, cette édition a mis en lumière un enjeu central : repenser les circuits d’approvisionnement pour garantir la sécurité et la souveraineté alimentaires face aux défis globaux.

Avec ses 189 membres répartis dans 49 pays, la WUWM représente bien plus qu’un réseau d’opérateurs économiques. Elle incarne un modèle de distribution enraciné dans les territoires, tout en étant interconnecté à l’échelle mondiale. À Johannesburg, c’est cette articulation entre local et global qui a été au cœur des échanges.

Sécurité alimentaire et souveraineté : deux piliers en tension

Dans mon discours d’ouverture, j’ai tenu à rappeler l’urgence de l’heure : « Nous sommes à un carrefour. La population mondiale augmente, le changement climatique accélère : il nous faut repenser, redessiner et renforcer nos systèmes alimentaires. » Je suis convaincu que les marchés de gros doivent être reconnus comme des « fondations d’un système plus fort, plus juste et plus résilient ».

La conférence s’est inscrite dans un contexte stratégique, celui de la présidence sud-africaine du G20. L’ambition affichée par la WUWM était de faire entendre la voix des marchés de gros dans les décisions internationales, et placer la sécurité alimentaire au cœur des politiques économiques. Car l’équilibre alimentaire mondial ne repose pas uniquement sur la production locale, mais aussi sur des circuits d’échange régulés, transparents et durables.

La pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine ont brutalement rappelé la fragilité de la chaîne d’approvisionnement mondiale. « Le concept de souveraineté alimentaire a pris une nouvelle ampleur », j’ai réaffirmé. Mais j’ai aussi mis en garde contre les replis nationalistes : « Garantir la sécurité alimentaire, ce n’est pas seulement produire local. C’est aussi permettre le commerce entre les régions, sans barrières, pour répondre aux attentes nutritionnelles variées des populations. »

Climat, durabilité, emploi : les défis systémiques du XXIe siècle

Les discussions ont largement porté sur l’impact climatique, désormais tangible dans toutes les régions du monde. Selon la professeure Yolandi Ernst, de l’Université du Witwatersrand, l’Afrique australe se réchauffe à un rythme deux fois supérieur à la moyenne mondiale. Le Dr Babagana Ahmadu, représentant de la FAO, a souligné qu’il n’était plus question de convaincre : « Les preuves du changement climatique sont là. Il faut agir. »

Cette action passe par l’adoption de pratiques agricoles intelligentes face au climat, mais aussi par la transformation des filières post-récolte. Transport, emballage, stockage : tous ces maillons de la chaîne génèrent des émissions importantes, bien souvent plus que la production agricole elle-même. L’un des leviers majeurs évoqués à Johannesburg fut donc la modernisation des infrastructures logistiques des marchés de gros, afin de les rendre moins énergivores, plus numériques, et mieux intégrés aux filières locales.

Mais la conférence a aussi souligné une dimension souvent négligée, à savoir l’impact social des marchés de gros. J’ai rappelé que « Ce sont des moteurs puissants d’emploi, notamment pour les jeunes et les femmes ». Le marché de Johannesburg, en particulier, emploie directement ou indirectement des milliers de personnes, dans un tissu économique structurant pour la région. L’enjeu est donc double : alimentaire, mais aussi socio-économique.